Table 2

De la Fontaine, J (1668). Les Fables choisies.Thomson, R (1806). La Fontaine’s fables. Now translated from the French; Paris: Doyen.
Julaud, J-J. (2010). Les Fables de la Fontaine (new Ed), Paris: First Editions.

Le Chêne et le Roseau (I, 22)The Oak and Reed (I, 22)

Le Chêne un jour dit au Roseau:
“Vous avez bien sujet d'accuser la Nature;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d'aventure
Fait rider la face de l'eau,
Vous oblige à baisser la tête:
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir:
Je vous défendrais de l'orage;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
-Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,
Part d'un bon naturel; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos;
Mais attendons la fin. “Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts
The oak one day addressed the reed,
“Nature you may accuse indeed;
A wren for you’s a heavy load,
The softest breeze that stirs abroad,
That ruffles but the water’s bed,
Compels you to hang down your head;
While I, like some proud mountain’s brow,
Not only stop the solar ray,
But brave the blasts that round me play:
Loud rowing storms to you, to me like zephyrs blow.
Now, did you spring within the shade I throw,
Were you beneath my sheltering foliage found,
You would not suffer from the north unkind;
I could defend you from the tempests round;
But ye are seldom, save in marshy ground,
Upon the borders of the realms of wind.
Nature to you I really think unjust.”
“Your pity,” answered him the reed, “I trust
From goodness springs, but pray that pity spare;
The winds that trees and mountains tear
Alarm not me—unbroken still I bend.
You hitherto, ’tic true, unshaken bear
Their mighty blasts—but wait the end.”
Just as he spoke,
A tempest from the far horizon broke;
Ne’er from the bowels of the north,
Till then, came such a son of fury forth;
The oak stood fast; the reed bowed down again.
The winds then bursting with redoubled roar,
Up by the roots the boasting giant tore,
Whose cloud-capped head so proud did reign,
Whose feet sank down to death’s domain.